CHRONIQUES D’AFRIQUE…ET D’AILLEURS
MARLBOROUGH S’EN VA-T-EN GUERRE…..NE SAIT QUAND REVIENDRA !
Pas une voix discordante que ce soit au niveau des hommes politiques comme à celui des journalistes, commentateurs, intellectuels : tous s’accordent à dire que Khadafi est un monstre. Quand bien même… quelle est la légitimité de la France et de ses alliés dans cette agression ? il faut s’interroger lucidement, à froid. Il faut s’interroger aussi sur ce que recouvre insidieusement la notion de « droit d’ingérence » et partant, sur l’idée de néocolonialisme.
Les plus naïfs penseront que l’on va là-bas, en Libye, défendre des innoncents. Les peuples sont-ils aussi naïfs pour penser cela ? Les morts et les blessés ne comptent pas pour les va-t-en guerre ; ce qui est présent à l’esprit de nos dirigeants occidentaux dans cette occurrence, c’est la volonté d’en découdre avec un autocrate qui ne veut plus être à la botte de l’Occident, dans un pays où il y a du pétrole… Il serait tellement plus utile de faire tomber un Khadafi qui nargue les puissances du Nord, dont la France, et d’avoir en lieu et place un dirigeant du genre d’Omar Bongo, qui a gouverné son pays pendant plus de quarante ans et privé ses populations des besoins les plus élémentaires, dans le même temps que la manne pétrolière l’enrichissait à milliards….tout cela avec la complicité d’une France qui tirait profit d’un pétrole abondant et peu cher.
Dans un autre registre, on dit que la Ligue arabe a soutenu la résolution 1973 votée par le Conseil de sécurité de l’ONU… On sait moins que Amr MOUSSA, président de la Ligue, a fait récemment savoir son intention de briguer la présidence de l’Egypte. Pour avoir un destin en Egypte il faut faire profil bas devant l’Occident, tout s’achète ! Tout de même, au lendemain de l’agression contre la Libye, la même Ligue arabe fait un pas en arrière et demande l’arrêt des bombardements car ceux-ci dépassent le périmètre d’exclusion aérien défini au départ. Quant à l’Union Africaine, elle n’a pas suivi les agresseurs. Khadafi n’a pas que des opposants, il a aussi des partisans. Et quand bien même il serait le mal absolu comme on le prétend, on ne peut perdre de vue qu’un peuple gagne sa fierté à prendre seul son destin en main et à se relever seul de ses épreuves. Quelles traces vont laisser sur ces populations tribales islamiques une intervention des ‘impis’ ? A terme, la blessure sera grande et la rancœur puissante.
On est en droit de se demander si les alliés de l’intervention belliqueuse contre la Libye se sont posés toutes ces questions. Une au moins aurait dû spontanément surgir à leur conscience et sur la table des négociations : comment pourra-t-on arrêter une éventuelle guerre qui risque de s’enliser sérieusement ? Il semble pourtant que cette question soit cruciale et prépondérante tant elle a été absente des terrains irakien et afghan, et avant eux de celui du vietnam, puisque l’Occident de l’Ouest en Est, ne s’est pas donné les moyens de cette réflexion élémentaire et que les jeunes soldats meurent de ces impardonnables errements. Et comment va-t-on préparer une opinion publique à l’idée que l’on n’interviendra pas au Bahrein, au Yemen, là où des dictateurs sans foi ni loi martyrisent en ce moment même leurs populations au vu et au su de tous, et notamment d’un Conseil de Sécurité onusien qui ne dit mot. Deux poids deux mesures, pourquoi ?
A vouloir ainsi la guerre à tout prix, on prend le risque d’ouvrir une boite de pandorre, pour preuve : Alassanne OUATTARA vient de demander une intervention de l’ONU en Côte d’Ivoire.
On dirait que Sarkhozy a définitivement perdu la mémoire de cette chanson française très simple dont les paroles datent du XVIIIème siècle et qu’il a sans doute, comme tous les écoliers de France, appris à l’école : « Marlborough s’en va-t-en guerre… mironton, mironton, mirontaine … ne sait quand reviendra » …
« …ne sait quand reviendra… » : en effet Sarkhozy sait-il quand il reviendra d’une guerre qu’il a voulu et initié ?
Joëlle RAMAGE