dans (Info UL) par Jean-Charles Fouchard en août 2010

CHRONIQUES D’AFRIQUE…ET D’AILLEURS

 ADIEU MICHEL (suite)

 L’assassinat de Michel Germaneau suscite à l’heure qu’il est des interrogations, dans la mesure où le chef de la branche Maghreb, Abdelmalek Droudkal, prétend avoir entamé des négociations avec le gouvernement français au sujet de l’humanitaire. Selon Al Qaïda, Paris aurait donc négocié avant l’opération commando qui a mené à l’exécution de Germaneau, alors que le gouvernenement affirme, lui, n’avoir jamais pu entamer la moindre négociation « «Dans le cas de Michel Germaneau, nous n’avons jamais réussi à établir le moindre canal de discussion avec ses ravisseurs», dit le Premier Ministre français, Hervé Morin précisant quant à lui : « Ils ont même refusé toute discussion pour permettre l’acheminement de médicaments dont Michel Germaneau avait besoin pour ses problèmes cardiaques»…

 …propos totalement démentis par le chef de la branche armé d’Al Qaïda Maghreb qui dans un message diffusé le 25 juillet sur la chaine Al-Jazira, villipende la France :  «Honte à la France et à son président, qui a lancé son raid alors que des négociations étaient en cours». Le 8 juillet, l’Aqmi avait déjà dénoncé le gouvernement français de « se montrer totalement insouciant pour la vie de Michel Germaneau ». Où est la vérité ?

 Quoi qu’il en soit, la mort brutale de l’humanitaire soulève des polémiques à propos de la stratégie de la France en matière de prise d’otages. En effet, l’Elysée affirmait il y a peu, utiliser toutes les voies de recours possibles pour tenter de protéger et de sauver tous les otages français menacés dans leur vie, où qu’ils se trouvent… sauf quand la « ligne rouge » de la vie de l’otage est franchie, a précisé le Premier Ministre français…la nuance a son importance !

Les questions se bousculent : l’humanitaire aurait-il donc été « condamné » par les ravisseurs, dès que ceux-ci ont posé leur ultimatum le 12 juillet ? la France aurait-elle considéré, à son tour, dès l’ultimatum posé, que la fameuse « ligne rouge » avait été dépassée ? en d’autres termes, l’humanitaire aurait-il été « lâché » par la France parce que plus rien ne pouvait être fait pour lui ? Et quels enjeux obscurs se cachent derrière les sables sahariens ?

 Serge Daniel, journaliste et écrivain spécialiste des courants islamiques dit, « le raid français était une erreur […]  Depuis 2002 que je travaille sur ces bandes-là, l’une des choses que j’ai retenues, c’est que le premier ultimatum est toujours repoussé, notamment pour faire monter les enchères« , a-t-il déclaré sur le site Europe1.fr.

 En attendant l’hypothétique levée des nombreuses zones d’ombre de ce dossier funeste, on relèvera ce que disent certains : la France a fait « ce qu’il fallait faire » ; d’autres confirment qu’il s’agit là d’un énième avatar de la Françafrique, empêtrée encore une fois dans…la Raison d’Etat.

     Joëlle RAMAGE

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