dans (Info UL) par Jean-Charles Fouchard en juillet 2010

CHRONIQUES D’AFRIQUE…ET D’AILLEURS

 Michel GERMANEAU, enlevé au Niger a été vraisemblablement assassiné dans la contrée Nord du Mali, dans des circonstances encore troubles, par des combattants armés de la branche d’Al Qaida Magreb Islamique, l’Aqmi, branche « franchisée » de la nébuleuse, d’autant plus virulente et agressive qu’elle doit sans cesse faire preuve d’une allégeance très démonstrative à la « maison mère ».

 Michel Germaneau travaillait bénévolement à la construction d’une école. Des centaines de petites ONG solitaires, laborieuses, énergiques, oeuvrent avec un grand courage et une grande foi dans ces contrées au climat débilitant, au sol impossible, en donnant de leur temps et de leur amour pour tenter de juguler un tout petit peu la misère qui est comme un puits sans fond.

 Au plan écologique, dans ces régions sahéliennes, la situation est très préoccupante car le changement climatique aggrave encore une situation de sécheresse difficile et récurrente. Une crise alimentaire frappe d’ailleurs régulièrement ces régions, constituées par le Niger, le Mali, le Tchad, le Burkina Faso et le nord du Nigéria, où quelques dix millions de femmes, hommes et enfants souffrent de faim ou d’insécurité alimentaire grave ou « modérée » notamment en période de « soudure ». La période de « soudure » est une période d’attente, avant les prochaines récoltes qui ont lieu en octobre. 

En raison de la sécheresse, de nombreuses bêtes meurent ou sont invendables car trop maigres. Les pluies arrivent en octobre, mais souvent leur arrivée est fatale à des animaux déjà très affaiblis. Cette année, les villageois doutent de pouvoir tenir jusqu’à l’automne… La solidarité traditionnelle veut que chacun partage avec son voisin lorsque les temps sont difficiles, mais aujourd’hui, personne n’a de quoi partager…

La seule ressource est un petit pois dur et amer appelé « anza », denrée de famine au goût très amer, que les femmes vont cueillir après s’être levées aux aurores et avoir marché pendant des kilomètres. Ces pois sont consommés avec des feuilles en provenance d’arbustes qui poussent dans le désert. Les feuilles sont cuites avant d’être ingérées. Cette diète insuffisante laisse les enfants affamés et souffrants, privés de vitalité et d’énergie.

 Michel Germaneau n’ignorait sans doute pas que ceux qui vivent dans ces conditions abjectes, indignes, ces enfants de 16 à 25 ans à qui l’on a ravi tout espoir de lendemains meilleurs, seront les éléments les plus virulents des branches terroristes, ceux qui assassinent des étrangers parce qu’ils ont voulu convertir des musulmans au christianisme, ceux qui demandent des rançons pour obtenir de l’or ou ceux qui exécutent de sang froid pour prouver leur détermination et obéir aux chefs mafieux.

 Chaque Sommet industrialisé ou chaque colloque d’expert tend à prouver un peu plus que le Sahel, bande de cinq millions de kilomètres carrés s’étendant de l’Atlantique à la Mer Rouge, devient une zone de non-droit, où fleurissent trafics et crimes en tous genres : passage de la drogue, traite d’enfants, achat et vente d’armes, écoulement illégal de déchets toxiques, transport de ressources naturelles volées, mais aussi montée en puissance des mouvements terroristes, groupuscules qui se multiplient comme des métastases et qui procèdent à l’enlèvement de ressortissants étrangers, comme Michel Germaneau.

La France s’était pourtant donné comme objectif de soutenir les pays africains, en formant des élites, pour partir en lutte contre l’insécurité constitutive de ces trafics multiformes. L’initiative « Pan- Sahel », montée en 2003 par l’Oncle Sam, avait quant à elle permis d’équiper les armées du Mali, de la Mauritanie, du Tchad et du Niger dans leur lutte contre les groupes terroristes d’Al Qaida.

 Mais la solution militaire contre l’insécurité ne peut être probante que si elle  se double d’une lutte efficace contre la pauvreté, la réduction des disparités régionales et la bonne gouvernance. Car c’est sur le terreau de la misère, accentué par la convoitise des ressources minières et énergétiques qui  représentent un facteur aggravant, que se construisent les solidarités terroristes qui n’ont plus rien à perdre, parce que le continent noir est toujours aussi misérable et que le découpage des terres issu du colonialisme, a séparé les ethnies, les Hommes et leurs terres.

Par-dessus cela, l’aide au développement dont on parle tant d’un Sommet à l’autre, n’est porteuse d’aucune véritable solution, et les espoirs avortés qu’elle suscite chaque fois dans l’esprit des plus jeunes, fait craindre que ceux-ci ne cèdent un jour aux sirènes terroristes par pur esprit de vengeance, par pur esprit mercenaire, populations d’enfants et d’adolescents désespérés d’une terre en proie au dénuement le plus absolu, à la famine et à la désertification, animés par une rage pationnelle, celle de survivre dans ce mouroir cruel et ingrat.

 Joëlle RAMAGE

Partager l'article sur :
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • email
  • RSS