CHRONIQUES D’AFRIQUE…ET D’AILLEURS
UNE BONNE IDEE
Sur le Rocher monégasque, on vient d’annoncer le mariage d’Albert de Monaco, pour l’an prochain ; depuis longtemps déjà les journalistes du Gotha s’affairent autour de la promise, une belle nageuse sud-africaine qui va régénérer le sang des Grimaldi assure-t-on dans les chateaux et chaumières. Yatchs amarés collés-serrés, rolls royce ou voitures de sport à tous les carrefours, palaces qui se touchent : au-delà du luxe on est dans le pur voyeurisme d’une richesse ostentatoire qui s’étale à l’envie. Il est vrai que le Gotha c’est l’usine à conte de fée, et là, on est en plein dedans ! Allez, ne soyons pas mauvais joureurs, souhaitons aux heureux tourtereaux, comme il se doit, beaucoup d’enfants !
Sauf que, de l’autre côté, dans le monde d’où vient la Promise, dans les townships d’Afrique du Sud, on tire à balles en caoutchouc et on envoie des gaz lacymogènes sur de pauvres gens qui réclament tout simplement de meilleurs services publics : de l’eau, des logements décents, le courant électrique ou l’accès aux soins de santé minimum. Au bas mot, sept millions d’habitants sur les quarante-quatre que compte ce pays vivent toujours dans les quartiers installés par la ségrégation héritée de l’Apartheid, véritables ilôts de misère et de pauvreté, parcourus par le banditisme, l’alcool et la délinquance, seules échappatoires pour des humains qui n’en ont plus que le nom. Les bidonvilles s’étendent chaque jour un peu plus, à l’aulne de l’extension des difficultés économiques, qui sont plus grandes évidemments pour les populations noires. Depuis quelques temps, des tours opérators avident de fric facile, s’agitent comme des chacals autour de ces proies dont « l’indécente » misère promet de de rapporter beaucoup d’argent. Le touriste-voyeur en a pour ses yeux et son porte-monnaie, encouragé qu’il est à visiter des « curiosités » qui font désormais partie intégrante des programmes : on vient voir les townships noirs comme on va voir la faune abondante de ce coin du monde, ce sont des paramètres désormais incontournables du tourisme en Afrique du Sud.
Naturellement, il y aura toujours des esprits vicieux, très respectables et bien occidentaux, pour affirmer que ces lieux sont des concentrés d’Histoire et qu’il est « normal » de les visiter (comme on visiterait des zoos humains avant de rentrer à l’hôtel). Le drame est que ce qui est dépensé par les touristes en mal de voyeurisme et d’exotisme constitue dans le même temps un apport non négligeable d’argent frais pour ces quartiers ultra-misérables. Nécessité fait loi…
Il me vient soudainement une idée : et si la belle promise avait l’idée géniale de reverser le montant de sa luxueuse bague de fiançailles à l’un de ces townships : il y aurait de l’électricité, de l’eau, des soins en abondance ! Et puis cela ferait d’une pierre deux coups : d’une part le blason des Grimaldi en serait sublimement redoré, d’autre part on vanterait les mérites d’une Principauté qui ne jette pas des clins d’œil qu’aux riches mais qui s’occupe activement des plus déshérités d’entre les déshérités.
Joëlle RAMAGE