CHRONIQUES D’AFRIQUE….ET D’AILLEURS
LA SUPPRESSION DES CHASSES PRESIDENTIELLES : l’Etat a de grands sentiments !
On savait Giscard d’Estaing passionné par la chasse aux grands fauves en Afrique, on savait moins qu’existait encore les chasses présidentielles, vestige d’un empire colonial qui a laissé exsangue l’Afrique et auquel la bourgeoisie française s’accrochait désespérément, ses intérêts financiers étant directement liés aux colonies et à l’exploitation de la misère. Aujourd’hui, symbole d’une France qui fut riche mais qui ne l’est plus, ces chasses sportives contrastaient trop, au goût du Président de la République, avec le nouveau paysage des restrictions imposées aux Français ; Sarkhozy vient d’y mettre bon ordre…. L’Etat a décidément de grands sentiments !
A l’instar de De Gaulle qui fut présenté, en son temps, comme un génial décolonisateur par ses panégyristes, Sarkhozy souhaitait à n’en pas douter se présenter à la France comme un génial gestionnaire des dépenses, celui qui veille avec attention à la chose publique. Mais en promulguant -avec une certaine dose d’hypocrisie- l’arrêt des chasses sportives présidentielles, ce sont les restrictions à venir qu’il faut lire en filigrane, et une bonne dose de souffrance pour les travailleurs et les ouvriers. Que l’on ne s’y trompe pas : la suppression des chasses sportives présidentielles n’est rien d’autre que l’arbre qui cache la forêt.
Sauf que, au niveau des dépenses publiques, l’augmentation du salaire de Nicolas Sarkhozy de 170% (en deux temps), n’en demeure pas moins une épine insupportable à faire avaler à des Français à qui l’on impose un gel des salaires sur trois ans ou à des smicards qui se lèvent tôt et n’auront pas de ‘surcotte’ après 45 années de travail. On prêche l’austérité aux ouvriers quand certains, dans le même temps, ne savent où placer leur fortune : dans l’immobilier, l’industrie lourde ou l’électronique…
Il y a quelques mois, on s’est amusé dans la presse à dénombrer les propriétés parisiennes et les villas tropéziennes des dictateurs africains, notamment de ceux qui ont bénéficié des profits du colonialisme et qui ont participé aux chasses sportives giscardiennes. Mais qui, aujourd’hui, est en mesure d’estimer les richesses accaparées, en bonne propriété privée, par les puissants du capitalisme ultra libéral français ? On fustige les dictateurs africains, mais on oublie ceux qui s’enrichissent sur le dos des pauvres, et qui sont sont bien de chez nous !
Finalement, ce ne sont pas les chasses présidentielles en elles-mêmes qui dérangent l’Etat, mais c’est tout un système : aujourd’hui, derrière la façade ce sont les banquiers, industriels et autres financiers qui alimentent la machine à profits au détriment des classes moyennes et des ouvriers qui devront travailler au-delà des soixante années symboliques. Hier, les mêmes banquiers et industriels faisaient travailler les « nègres » : les capitaux allaient en Afrique, grossis de la plus-value récupérée sur le dos de ces pauvres bougres.
En résumé, depuis le temps des chasses présidentielles coloniales jusqu’aux chasses présidentielles de l’Etat sarkhoziste les choses n’ont guère changé : hier, les banques se jetaient sur les états africains, engrengeant de super-profits pour les capitalistes occidentaux, endettant très gravement les pays d’Afrique ; aujourd’hui les banques spéculent sur le dos des petits porteurs pour engrosser les mêmes profiteurs néolibéraux.
Hier ou aujourd’hui les itinéraires des riches et des pauvres sont les mêmes : des masses produisent pour le bien-être d’une élite opulente. Il semble que Marx avait déjà dit cela.
Joëlle RAMAGE