CHRONIQUES D’AFRIQUE…ET D’AILLEURS
LA TETE DU ROI
On l’aura compris : ces Sommets, comme les précédents, n’auront servi qu’à réunir les amis, et à refaire une fois de plus le monde, pas mieux et même beaucoup moins bien qu’on ne le ferait sur un coin de comptoir. En effet, que ressort-il de cette grande mascarade à laquelle on vient d’assister : aucune taxation des banques (trois pays seulement proposent cette mesure) ; aucun dispositif sérieux sur l’évasion fiscale et les paradis du même nom ; pas de mesure concrète sur l’aide au développement. Il est dit que chacun procèdera à sa façon pour juguler la crise … Les intérêts des transnationales imposent de continuer, comme si de rien n’était, la folle course au consummérisme, la course irrationnelle à la croissance, qui est en train de mettre à mal les peuples les plus fragiles et à saigner les nations les plus endettées.
En France, l’objectif intangile est de réduire de huit à six points les déficits publics en agissant sur toutes les sources de dépenses. Scandale parmi tant d’autres, la FIFA dont les bénéfices se chiffrent par milliards, échappe à l’impôt. Les très hauts revenus obtiennent un reversement de l’Etat ; le bouclier fiscal cache la forêt des privilèges et autres niches. Certaines des plus grandes fortunes du pays ne se s’acquittent que partiellement de l’impôt dû, même si elles « le valent bien » et on semble découvrir cela aujourd’hui…
On entend volontiers de la bouche de certains hommes politiques français qu’il faut réussir une « réforme juste ». Bien entendu, cette soi-disant « justice » s’applique avant tout au bas peuple, à tous ces serfs qui se doivent d’oeuvrer pour le bénéfice du capital, à toute la « cour des miracles » des ouvriers usés jusqu’à la lie, les reins en miettes, le dos laminé par des années de portage, à toutes ces travailleuses à la chaîne arc’boutées sur l’ouvrage jusqu’à s’en déformer la colonne, à toute cette France qui n’en peut mais… Un certain « féodalisme » de la pensée n’est pas révolu, qui veut que la masse travaille jusqu’à la mort pour le bien-être des nantis : du Royaume de France où sévissait une grande misère et où le poids des charges fiscales écrasait les masses populaires, aux gouvernants néo-libéraux de notre siècle très « éclairé », peu de choses ont réellement évolué : les inégalités sociales et la misère la plus noire côtoient toujours le grand luxe et l’oppulence. Quand les quartiers résidentiels s’opposent aux quartiers populaires, quand certains mangent des produits périmés pour survivre et que d’autres fréquentent le Fouquet’s, quand des joueurs de foot touchent le pactole de 900 000 euros par mois et que d’autres en gagnent 400,on peut se dire en plaisantant que les barricades de 1848 ne sont pas très loin et que la tête du « roi » pourrait un jour tomber, les manifestations pouvant brutalement se muer en insurrection.
Joëlle RAMAGE