CHRONIQUES D’AFRIQUE ET D’AILLEURS
LES DROITS DE L’ENFANT ET LES TRANSCONTINENTALES : DES INTERETS DIVERGENTS
KOFFI est une petite ivoirienne de cinq mois, malade. On ne connaît pour l’instant rien de la maladie qui la ronge, mais les traitements médicamenteux qu’elle a reçus au CHU de la petite ville de province où ses parents se sont rendus, ont été inopérants. Elle est maintenant traitée à « l’indigénat » une thérapie de guérisseurs locaux, qui ne fait qu’aggraver le mal, disent les médecins de la Croix-Rouge internationale. Mais aucune amélioration n’est en vue. Aussi les parents, désespérés, n’entrevoyant aucune solution, veulent abréger ses souffrances, en mettant un terme à la vie de l’enfant…le poison est souvent la solution.
La petite Koffi est une enfant de l’ethnie Baoulé, du peuple Akan, qui vit au centre de la Côte d’Ivoire, au cœur de la forêt. Les Baoulés sont producteurs de cacao. Les « campements » Baoulés sont nichés au plus profond de la forêt, loin des centres urbains dont ils sont distants de plus de dix kilomètres parfois. Le campement où vit Koffi s’appelle N’Gbinkro. Il n’y a ni dispensaire, ni médecin, ni infirmière au campement. Il n’y a pas de médicaments. Les familles sont toutes pauvres, voire misérables. Les récoltes de fèves rapportent très peu d’argent ; en tout cas pas suffisamment pour pouvoir se nourrir correctement, à plus forte raison pour se soigner…
Combien demande-t-on pour hospitaliser la petite fille à Zoukougbeu, un centre provincial où elle pourrait être suivie et traitée ? 762 euros. C’est tellement énorme que j’en ris moi-même qui connais bien les populations Boulés de la forêt…et leurs capacités économiques. Et puis, derrière la petite fille, il y a encore toute une famille à faire manger ; comment imaginer un seul instant que les maigres ressources puissent être mises au seul bénéfice de la santé de l’enfant, même si sa vie en dépend.
J’ai alerté Médecin du Monde et la Croix-Rouge internationale sur ce cas, mais les uns et les autres me disent que les soins ne sont pas gratuits. Je savais que beaucoup d’Africains qui ne peuvent pas s’acheter les médicaments et régler les soins, meurent dans la rue devant les hopitaux. J’ai vu cela en Centrafrique, devant les deux centres communautaires hospitaliers. Mais j’ignorais que les grandes organisations internationales faisaient payer les soins aux plus pauvres d’entre les pauvres. Triste constat ! D’ailleurs, l’un des membres de Médecin du Monde avec lequel je suis en contact conclut à la fin de son tout dernier message : « c’est cela la triste réalité de l’Afrique ».
Comment le père de Koffi pourrait-il payer cette somme extravagante ? Il n’est qu’un paysan-esclave. Pour les grandes multinationales qui pillent ces contrées au sol et au sous-sol riche en exploitant les paysans-esclaves qui y travaillent et en pratiquant des prix inhumainement bas, la vie des enfants du Sud ne saurait être mise en balance avec les gains qui doivent être générés. L’humain ne doit pas interférer avec les profits. Les multinationales comme Nest… emmagasinent des gains considérables en ayant une politique des prix très agressive dans les pays du Sud et en mettant les paysans du monde en concurrence directe les uns avec les autres pour faire baisser les cours des matières premières. Les intérêts économiques des petits producteurs de cacao de Côte d’Ivoire entrent en conflit direct avec ceux des actionnaires de Nest…. Chaque euro de dividendes versé, a été récupéré sur le dos de paysans en sous-payant les fèves.
« Les rapports des Nations Unies et de l’UNICEF (Agence pour l’Enfance) font état de travail d’enfants esclaves dans les plantations de cacao de la Côte-d’Ivoire à une échelle non négligeable. Malgré les accusations répétées, le gouvernement ivoirien ne prend aucune mesure coercitive pour mettre un terme à ces pratiques. La Côte-d’Ivoire est le premier exportateur mondial de cacao. Ses exportations représentent 40 % des échanges planétaires ! » (cf.document internet : « Nest… et OMC : un mariage d’amour au profit de quelques uns).
Tant que les multinationales, avec la complicité de l’OMC, ne cesseront d’imposer leur diktat, il y aura encore beaucoup d’enfants malades, de petites Koffi, malade, qui seront livrés à leur triste sort : l’abandon ou la mort.
Pourtant la petite fille doit vivre, se développer, s’épanouir, elle en a le droit. C’est ce que dit la charte universelle des Droits de l’enfant.
Joëlle RAMAGE